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Le sauvetage des juifs 1941-1944 (Paul et Suzanne Haering)

Albert Delord témoigne

Carmaux 1942
Paul Haering raconte "Un beau matin de mai 1941..."
Suzanne mon épouse
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Rafle à Carmaux - Août 1942 !
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LE PASTEUR ALBERT DELORD DANS SON EGLISE (CARMAUX).

"Pendant 48 heures, des dizaines de familles défilèrent chez moi."

Lorsque je fus démobilisé en 1940, je fus appelé à occuper le poste de pasteur vacant à Carmaux. La paroisse protestante n’était pas grande, mais il y avait énormément de réfugiés de l’est et aussi beaucoup d’enfants de différentes nationalités dont personne ne s’occupait.


Je demandais à un ami de m’aider et à nous deux, nous nous sommes lancés dans un travail sans limite de religion et aussi sans limite de temps. Nous n’avions pas de radio et ne lisions pas de journaux. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’entendis parler d’un certain Général de Gaulle.


Nous étions dans l’ignorance totale au sort des Juifs en Europe et nous ne devions l’apprendre qu’accidentellement lors de la grande rafle dans la zone sud.

A cette époque de l’année, nous étions en colonie de vacances avec une centaine d’enfants, lorsque des parents nous firent dire de leur ramener leur deux filles dans les plus brefs délais. Ils m’apprirent qu’ils étaient Juifs et qu’on allait arrêter tous les Juifs du pays.

C’était pour moi tellement énorme que je ne les crus pas et les rassurait de mon mieux en leur disant que je comprenais parfaitement que leur pays les réclamait puis que nous étions en guerre, mais que de toute façon s’ils voulaient laisser leurs enfants, ils pouvaient le faire.

 

Quelques jours plus tard, j’appris qu’ils étaient déportés.

J’en fus profondément « choqué » et découvris d’un seul coup la situation des Juifs en Europe. J’allais aussitôt chez le seul juif français que je connaissais et lui dis de dire à ses coreligionnaires que je me mettais à leur service.

Pendant 48 heures, des dizaines de familles défilèrent chez moi.

J’étais bouleversé de découvrir cette détresse et me trouvait totalement démuni pour leur porter secours.

Je leur ouvris ma maison et cherchais des contacts pour leur venir en aide. Je me souviens d’un détail amusant alors que je télégraphiais à Toulouse au Secours Quaker et au Secours Suisse pour une aide immédiate, je reçus des Quakers un sac de boîtes de conserve et du Secours Suisse des formulaires à remplir ! 

Mais d’une manière générale, l’accueil que je trouvais était très bon. Cependant mes moyens restaient très limités et surtout je désirais contre-attaquer et pour cela il fallait s’assurer des collaborateurs sûrs.

  

Je convoquais donc quelques paroissiens sur lesquels je savais pouvoir compter et partageais avec eux mes préoccupations. Leurs adhésions fut dès le premier jour totale.

Chacun selon ses capacités et sa situation se chargea d’un secteur de notre activité : guerre, renseignements, faux papiers, secours social.

Nous avons eu la chance incroyable de tenir trois ans sans une seule arrestation !

Tout notre temps était absorbé par ces nouvelles tâches. Je ne m’occupais que de l’hébergement et des secours divers : colonies de vacances, placements, etc.

 

Ce fut pour moi une très grande joie de découvrir la communauté juive. Pendant toute ces années, j’hébergeais des Juifs de tous les milieux et m’attachait beaucoup à eux.


Un petit problème au milieu de tant de drames, fut la question du baptême : beaucoup de Juifs nous demandaient de les baptiser pour échapper, croyaient-ils, au danger.

Si j’étais prêt à faire un faux en écriture, je me refusais absolument à la cérémonie, ce qui me valut pas mal d’incompréhension. Par contre, je me fis beaucoup d’amis qui le sont demeurés jusqu’à aujourd’hui. 

C’est ainsi qu’organisant une colonie de vacances de deux cents enfants à Lautrec (dans un ancien lieu de refuge et de préparation de jeunes Juifs), je fis la connaissance du Dr Joseph Jaffé qui se cachait avec sa femme dans un village des environs.

Il a accepté au péril de sa vie d’être notre intendant et notre médecin. Grâce à lui, les enfants mangèrent tous à satiété et aucun ne fut malade.

 

Le ravitaillement n’était pas facile pour qui n’avait ni argent, ni or ! Mais Dieu a pourvu à tout.

C’est dans cette colonie que nous apprîmes la libération de notre ville et que nous pûmes donner libre cours à notre joie !


Il faudrait beaucoup de pages pour parler de tout ces braves gens qui nous aidèrent dans la lutte contre l’ennemi.

Je voudrais seulement signaler ce petit imprimeur qui accepté de nous fournir les tampons nécessaires pour les cartes d’identité et imprima pour nous des tracts. Mais il faudrait parler aussi des autorités, de la gendarmerie du pays, du curé et de tant d’autres sans lesquels la détresse des réfugiés aurait été bien plus grande.

Bien sûr, cela n’allait pas sans accident.

C’est ainsi qu’un jour, alors que nous étions à table avec un nombre important de réfugiés et de Juifs, la porte de la salle à manger s’ouvrit pour laisser passer… la feldgendarmerie !

Ces messieurs nous rapportaient… une valise égarée ! Mais quelle émotion parmi nos hôtes. Certains ne voulurent pas rester une minute de plus dans une maison ou les Allemands entraient sans frapper !


C’est dans ces circonstances que je me mariais avec une suissesse, entre un plastiquage et un camouflage de dynamite. Comme nous rentrions de la mairie, j’entends un des membres de notre réseau, gendarme, qui m’appelle. Sur le porte bagage de son vélo se trouvait un gros paquet de dynamite qu’il me demandait de cacher. J’envoyais alors ma jeune épouse préparer notre « repas de noce » et creusait un trou dans le jardin pour enterrer le précieux paquet ! La voisine a la barrière était plutôt étonnée !

 
Quand aujourd’hui je regarde à ce temps, j’ai l’impression d’avoir simplement été le rassembleur des bonnes volontés.
Grâce à Dieu, nous avons pu faire notre simple devoir jusqu’au bout.
 
 
Albert Delord